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Pourquoi Le Chambon — Daniel Trocmé et Guy Môquet…

Alliance Française de Kansas City, le 10 novembre 2007

par Pierre Sauvage

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Je suis content d'être parmi vous à l'Alliance Française de Kansas City.  Je le dis avec une sincérité toute particulière car je suis vraiment toujours ravi d'avoir une occasion de m’exprimer en public en français — et en tant que Français.

J’ai proposé comme titre pour cette conférence « Pourquoi Le Chambon » car c’est un sujet auquel je repense tout particulièrement en ce moment.

En effet, je serai à Paris en janvier pour participer à une grande bat mitsva familiale — mais également pour commencer à clore un chapitre de ma vie qui a compté même s’il correspond à un échec : je dois préparer la vente de ma ferme au cœur du Chambon-sur-Lignon.  Cette ferme, ma femme et moi l’avions achetée il y a cinq ans dans l’espoir qu’elle puisse miraculeusement se métamorphoser un jour en Musée des Justes !

Mais je voudrais commencer ce soir par l’évocation de deux noms : Daniel Trocmé et Guy Môquet.  Même avant la controverse récente un peu ridicule, Guy Môquet était un nom connu en France.  À Paris, il y a une rue.  Il y a surtout, consécration suprême, une station de métro.

Vous savez sans doute que Guy Môquet était un garçon d’une famille communiste qui fut arrêté à Paris alors qu’il distribuait des tracts clandestins du PC, et fusillé à 17 ans et demi par les Allemands en 1941 dans une mesure de représailles.  À la demande du président Sarkozy, la lettre d’adieu de Guy Môquet à sa famille — lettre poignante et courageuse — fut lue dans les écoles de France l’anniversaire de sa mort, le 22 octobre 2007.  C’est symboliquement que ce jeune garçon est entré dans l’histoire, bien au-delà des nombreux honneurs officiels posthumes qu’il reçut.

Mais qui en France connaît Daniel Trocmé ?  Qui sait vraiment en France ce que fut l’action exemplaire du Chambon-sur-Lignon à laquelle il participa ?

Daniel Trocmé, lui aussi, est mort assassiné par les Allemands.  Daniel Trocmé, lui aussi, avait des idéaux, certes radicalement différents de ceux de Guy Môquet.  Et Daniel Trocmé, lui aussi, a laissé des lettres poignantes évoquant son engagement.

Une de ces lettres est au cœur de mon long-métrage documentaire « Les armes de l’esprit » (90 minutes), au cœur aussi de la toute nouvelle version courte (40 minutes) que j’ai soumise au ministre de l’Éducation nationale, dans l’espoir qu’il jugera ce document digne, à son tour, de pénétrer dans les écoles de France.

« Les armes de l’esprit » raconte l’histoire d’un petit coin de France qui s’est transformé singulièrement en havre de refuge sous l’Occupation : au Chambon ou ailleurs dans « la Montagne » protestante, à un moment ou à un autre au cours de quatre longues années, cinq mille Juifs trouvèrent un refuge parmi ces descendants des Huguenots.  Quittant Marseille en 1943, mes parents s’ajoutèrent au nombre des protégés au hameau de La Fayolle, où j’eus moi-même la chance de naître.

La région est un des deux seuls lieux dans toute l’Europe occupée à avoir été honorée collectivement comme « Juste parmi les nations » par Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, qui ne reconnaît normalement que des individus.  (Le Chambon partage cet honneur avec un hameau néerlandais, Nieuwlande.)

Il y eut beaucoup d’enfants placés ou recueillis sous l’Occupation au Chambon-sur-Lignon et sur le plateau environnant.  Daniel Trocmé y vint pour s’occuper d’enfants.  Il y eut malheureusement une rafle réussie au Chambon — une seule.  Je me permets de reprendre ici la narration du film :

Un matin d’été de 1943 (…) la Gestapo arriva sans être repérée jusqu’à la Maison des Roches, un foyer pour étudiants plus âgés organisé avec l’aide de chrétiens américains.

Plus d’une vingtaine de jeunes, dont des réfugiés espagnols, furent battus, injuriés, et embarqués en camion.  Déportés avec eux fut le cousin du pasteur, Daniel Trocmé, qui s’occupait à la fois de la Maison des Roches et des Grillons, [une] pension pour jeunes enfants.

Il avait été prévenu, semble-t-il, qu’il était visé, et on lui avait conseillé de se mettre à l’abri.  Mais Daniel Trocmé n’était pas venu au Chambon pour être à l’abri.

Il ne croyait pas aux dogmes chrétiens, et se méfiait des convictions religieuses, qui lui paraissaient devenir trop facilement étroites d’esprit.  Mais l’œuvre qui s’accomplissait au Chambon lui tenait à cœur, comme il s’en expliqua à ses parents dans une lettre écrite moins d’un an avant son arrestation :

« Depuis ce matin les dés sont jetés.  Je pense qu’il est peut-être temps pour moi de prendre des responsabilités devant mes semblables.

Le Chambon représente pour moi une espèce de contribution à la reconstruction de notre monde.  L’avenir me dira si j’étais égal à la tâche ou non, et ne le dira qu’à moi d’ailleurs car il ne s’agit pas d’une réussite au point de vue du monde.  J’ai choisi Le Chambon parce que je pourrai ainsi ne pas avoir honte de moi. »

Daniel Trocmé est mort le 2 avril 1944 au camp d’extermination de Maidanek, en Pologne.  Jusqu’à la fin, ses bourreaux n’arrivèrent pas à croire qu’il puisse être autre chose qu’un Juif.

***

Mais pour moi personnellement, il y a également dans la question « Pourquoi Le Chambon » la question : Pourquoi Le Chambon pour moi ?

En effet, pourquoi ai-je permis à ce lieu singulier, à cette aventure morale encore plus singulière, de jouer le rôle malgré tout disproportionné qu’ils jouent dans ma vie professionnelle et privée depuis maintenant vingt-cinq ans.

Je vous confierai que le discours du président Sarkozy devant le Congrès américain au début de la semaine m'incite à évoquer un facteur un peu particulier dans mon attachement au Chambon.

Est-ce paradoxal ?  L'éloge extraordinaire que M. Sarkozy a fait de l'Amérique — de l'idée de l'Amérique — les mots touchants et manifestement sincères qu'il a eus, m'ont curieusement fait ressentir combien je suis fier d'être Français, combien ça compte pour moi.

Il se trouve que je m'apprête à rejoindre enfin dans la nationalité américaine ma famille américaine — mon épouse américaine, mes enfants américains.  Pourquoi maintenant ?  Il y a une réponse.  Mais il y a une autre question liée, qui me semble plus pertinente dans notre contexte francophone ce soir : pourquoi si tard ?

Un jour je décortiquerai les diverses raisons, mais l’une d’entre elles est sûrement qu’il se trouve que je ne suis pas, pour ma part, un émigrant venu aux Etats-Unis pour me refaire une nouvelle vie.  J'ai été élevé à New York, après avoir passé mes quatre premières années au Chambon, à Saint-Étienne, et à Paris.

Élevé à New York comme Français !  Nous parlions français à la maison.  Mon père était le correspondant du Figaro. J'ai fait mes études au Lycée Français de New York, de la onzième jusqu’au baccalauréat, avant de « revenir » en France en 1962 à l’âge de 18 ans et de m’installer à Los Angeles neuf ans plus tard.

Et si donc je me suis tant intéressé au Chambon, c'est aussi parce que c'était une façon pour moi, à distance, de renouer avec la France, de renouer avec le français, de continuer à m’identifier avec la culture française à laquelle je suis profondément attaché.

Assurément, je n’avais jamais deviné, enfant, qu’il y avait une autre identité cachée dans la famille : que mes parents étaient juifs, que ma mère n’était pas une « belle Parisienne » mais une juive de Bialystok, en Pologne — que j'étais donc moi-même juif.  Ce n’est qu’à 18 ans que je l’appris.

D’où sans doute l’entêtement avec lequel je tiens à identifier et briser les tabous.  J’ai été leur victime.  Je connais leur force.

Du reste, ce n’est que bien des années après avoir appris que j’étais juif que je le suis enfin devenu — un peu.  Parce que j’ai épousé une Juive et que je voulus avoir des enfants juifs.  Parce que je voulais que mon remerciement au Chambon soit celui d’un Juif.  Parce que ça compte une identité.

Pourquoi Le Chambon ?  Parce qu’ils m’ont appris que ça compte une identité !

***

Pourtant, malgré mon attachement pour la France, cela fait un bout de temps que je n’y suis pas retourné.

Il y une époque où j'y allais assez souvent.  J'avais donc fait ce rêve sans doute absurde de participer à la création d’un musée au Chambon ou même d’un ensemble muséographique Mémoires du Plateau.  Plus tard, je compris qu’il fallait viser encore plus haut : pourquoi pas un musée des Justes en terre « juste » !

Ma femme et moi avions donc acheté une ferme comme il n'en existe presque plus au Chambon.  Celle-ci est au cœur même du village, idéalement située, à deux minutes littéralement du carrefour, ce croisement à côté de la mairie que l'on considère comme le centre du Chambon-sur-Lignon.

Mais ma ferme à moi a l’astuce de tourner un peu le dos au village, et d’être située en hauteur, s’ouvrant sur une vue rurale traversée par le paisible Lignon.  Je n’aurai pas de mal à trouver un acheteur.

C'est la ferme qu'on voit sur le papier à lettre de la petite association américaine à but non lucratif que j'ai eu la malheureuse idée d'appeler la Chambon Foundation (ou Fondation Chambon USA), ce qui fait croire, surtout en France, que nous avons des moyens. alors que nous n’en avons guère.  (L’organisation est relayée en France par l’association française « loi 1901 » Amis du Chambon.)

C’est grâce à cette association que nous avons pu accumuler au cours des années des milliers de photos et de documents qui pourraient servir pour un musée, qui serviront un jour tout au moins pour la grande exposition qui célébrera ce déploiement des « armes de l’esprit ».

La France peut être fière de ses nombreux Justes, quelle qu'ait été par ailleurs le rôle épouvantable et longtemps minimisé du régime de Vichy, trop longtemps approuvé par les Français.  C’est donc bien légitimement que la France mettrait en avant dans le monde ce petit coin de France alors si dense moralement.

Si Auschwitz est devenu fatalement le lieu symbolique du mal incommensurable de cette époque, n'avons-nous pas aussi besoin, nous et les générations futures, d'un lieu qui nous serve de symbole du bien inextinguible qui a également caractérisé ces années pas totalement noires !

La région, la France n’ont-t-elles pas besoin d’un tel musée ? Le monde n’a-t-il pas besoin de savoir que s'il y a eu Auschwitz, il y a également eu Le Chambon !

***

Mais s’il sera difficile, pour un temps, d’oublier à nouveau les Justes après la grande cérémonie en leur honneur au Panthéon en janvier 2007 conçue par Simone Veil et présidée par le président Chirac, je reste néanmoins persuadé qu’un effort continu et exigeant reste nécessaire pour que leur « message » véritable nous parvienne et ne soit pas déformé par les tabous, les idées préconçues, le politiquement correct.

Il se trouve que le thème du prochain concours national de la Résistance et de la Déportation est le suivant : « L’aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la Seconde guerre mondiale : une forme de résistance. »

Question piège !  Qui ne semble même pas nécessiter un point d’interrogation…

Bien sûr, la seule réponse possible est oui.  Bien sûr que l’action des Justes fut une forme de résistance.

Mais cela ne veut pas nécessairement dire que ce fut surtout une forme de résistance.  C’était peut-être tout autant autre chose — une forme de fidélité peut-être ? — avant de devenir inévitablement une forme de résistance.

Une forme de résistance, soit, mais non pas une forme de la Résistance !

Quelle qu'ait été son importance, si admirables qu'aient pu être ceux qui se sont engagés dans cette cause qui a si longtemps paru perdue, la Résistance était un mouvement essentiellement patriotique.

La vérité est que comme le reste du monde, la Résistance ne se préoccupait guère du sort des Juifs.  Nous célébrons la « bataille du rail » tout en oubliant que les trains de déportés, eux, partirent tous sans encombre vers la destination dont on ne revenait pas…

Il se trouve qu'une des plus vieilles amies de mère, cette jeune juive polonaise venue faire ses études à la Sorbonne dans les années trente, était pour ma famille notre chère Lucie, l’héroïne nationale qui est décédée récemment : Lucie Aubrac.  J'ai donc connu personnellement la qualité humaine de certains Résistants.

Mais comme Lucie en convenait volontiers, ceux qui se sont préoccupés des Juifs persécutés et pourchassés en France, ce sont les Justes, ces Justes qui, après la guerre, n’ont pas reçu les honneurs accordés aux Résistants, n’ont même pas eu droit à la très désirable carte de Résistant qui donne divers avantages matériels à ceux qui en sont jugés dignes.

Ces Justes que certains essaient maintenant — comble d’ironie — de récupérer pour en faire des « Résistants », pour la plus grande gloire de la Résistance.

Vous aurez deviné combien je serais honoré d’être invité à faire partie du jury pour le futur concours de la Résistance et de la Déportation.  Après tout, si nous sommes nombreux en France à évoquer et à étudier la Résistance, nous sommes peu nombreux à nous préoccuper depuis longtemps de la question des Justes.

Ne serait-ce pas non plus dans l’intérêt de tous que les Français de l’étranger, avec leur perspective certes parfois bigrement différente, soient davantage associés à l’œuvre de la  France ?

Je serais honoré également si on permettait à l’association Amis du Chambon que je préside de remettre le DVD des « Armes de l’esprit » aux lauréats du concours, sinon à tous les participants.

***

S’il s’agira à l’avenir, je l’espère, de répondre davantage à la question « Pourquoi Le Chambon », il faudra surtout veiller à ne pas tricher avec le sens — l’essence — du Chambon, même si l’action de la région du Chambon soulève des questions qu’on évoque avec difficulté en France.

Suite aux « Journées Mémoires du Plateau » qui eurent lieu en juin 2004, sur mon initiative et en partenariat avec la mairie du Chambon-sur-Lignon (avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah), le président Chirac, qui avait envisagé de venir mais n'avait pas pu, s’est donc rendu en visite officielle au Chambon quelques semaines plus tard, le 8 juillet 2004, pour prononcer l’éloge de la population du « Plateau » et un grand discours contre l'antisémitisme et le racisme.

Comme toujours en ce qui concerne la Shoah, M. Chirac avait trouvé des mots justes.  Mais il m’a semblé qu’il manquait quelque chose de très important dans son discours et dans sa visite.  Quelques jours plus tard, je fus le seul à le dire publiquement, dans les pages du Figaro :

Bien sûr, on ne peut qu'applaudir le souhait du président de voir dans l'action du Chambon l'incarnation « des principes humanistes qui rassemblent notre communauté nationale », des principes « qui font la France ».  On comprend qu'à la veille de notre fête nationale M. Chirac ait terminé son discours au Chambon en rappelant que la France a inscrit au fronton de ses édifices l'appel historique à la Liberté, l'Égalité, la Fraternité.

Cependant, ce n'était pas la devise de la République que le président pouvait lire sur le fronton du temple protestant en face de la cour de l'école où il prononça son allocution. C'était une injonction religieuse : « Aimez-vous les uns les autres. »

C'est dans ce temple, quartier général de l'action du Chambon-sur-Lignon s'il en fut, qu'au lendemain de la signature de l'armistice avec l'Allemagne nazie les deux pasteurs du Chambon exhortèrent la population à résister « avec les armes de l'Esprit ».

Aurait-il été si déplacé pour le chef de l'État laïque et républicain de traverser la rue pour se recueillir brièvement dans ce havre de mémoire et de fidélité ?

Si c'est bien une laïcité ouverte et généreuse qu'il s'agit de défendre et de promouvoir, ne devons-nous pas prendre soin de ne pas enlever à la foi ce qui lui revient en propre ? N'est-ce pas dans la spécificité des uns que se bâtit souvent l'avenir des autres ? Une meilleure connaissance des succès de la religion ne pourrait-elle pas nous être bénéfique dans la lutte contre ses excès ? La France n'a-t-elle pas encore beaucoup à apprendre de l'histoire du Chambon-sur-Lignon ?

On peut trouver la totalité de l’article, et bien d’autres informations sur Le Chambon, sur le site Internet de la Fondation Chambon USA et d’Amis du Chambon à www.chambon.org.  Je me permettrai de mentionner que c’est aussi sur ce site qu’on peut apprendre comment se procurer les DVD des deux versions du documentaire « Les armes de l’esprit » (réalisés avec l’aide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah).

Le film trouvera-t-il un jour le distributeur qui le fera davantage connaître en France ?

Diffusé à plusieurs reprises en « prime time » à la télévision américaine, le documentaire — auquel l’enthousiasme en 1982 de Serge Moati et de France 3 a donné naissance — sera enfin montré à la télévision française en 1998 grâce à « La 25ème Heure » de Jacques Perrin, huit ans après sa diffusion aux États-Unis…  Mais le film sera-t-il un jour — un soir ! — présenté à la télévision française autrement qu’après minuit ?

Pourquoi donc « Weapons of the Spirit » est-il mieux connu aux Etats-Unis — toutes proportions gardées — que « Les armes de l’esprit » ne l’est en France ?

Si je ne suis pas moi-même religieux, je pose quand même la question : La France n’est-elle pas affaiblie par son refus de puiser dans ce passé-là, même de chercher à le comprendre ?

N’est-il pas temps qu’elle cherche à donner un peu l’exemple à l’Europe en levant un tant soit peu le voile sur ses origines chrétiennes — et surtout sur ce qui reste en nous d’utile de ces influences d’autant plus profondes qu’elles ne sont guère plus identifiées ?

Assurément fort peu nombreux sont les hommes et les femmes politiques français qui sont prêts à attacher publiquement de l’importance aux croyances religieuses.  Il y a une rare exception : un heureux hasard veut qu’il s’appelle Nicolas Sarkozy.

Il y a quelques années, j’avais admiré des dialogues qu’il avait publiés sur le fait religieux : « La République, les religions, l’espérance. »  Je lui avais même écrit sans succès en 2004 pour l’inviter à participer à un colloque que je montais au Chambon-sur-Lignon lors de nos « Journées Mémoires du Plateau ».

Je voudrais vous citer juste une phrase de son livre.  C’est une phrase qui peut paraître évidente pour nous qui vivons aux Etats-Unis.  Mais elle est stupéfiante de la part d’un homme politique français :

J’essaie seulement de montrer que le phénomène religieux a été sous-estimé, qu’il est plus important qu’on ne le croit, qu’il peut être un facteur de paix, d’équilibre, d’intégration, de rassemblement et de dialogue et qu’enfin la République doit accepter d’en faire un sujet de débat, doit y réfléchir.

Si la République va accepter de faire du phénomène religieux un sujet de débat, quel meilleur point de départ qu’une foi religieuse qui ne s’est pas limitée à des paroles mais qui s’est prouvée dans des actes !

Lorsque le nouveau président est venu prendre ses vacances en août au bord d’un lac américain, vous comprendrez que j'ai décidé de tenter quelque chose de très culotté.  J'ai retrouvé l'adresse de la maison où il allait habiter avec sa famille et des amis, et je lui ai adressé le DVD des "Armes de l'esprit", accompagné d'une lettre.  Quelques semaines plus tard, je reçus de lui la lettre suivante (dont un extrait sert désormais sur la jaquette du DVD).

Cher Monsieur,

Vous avez eu l’amabilité de me faire parvenir deux DVD présentant les versions en français et en anglais de votre documentaire : « Les armes de l’esprit ».

Je tiens à vous remercier vivement de votre témoignage et de votre geste auxquels j’ai été particulièrement sensible.

À travers ce film très émouvant vous avez su évoquer, on ne peut plus justement, le courage et la force d’âme de celles et ceux qui ont été l’honneur de notre pays en protégeant leurs frères juifs persécutés.

En vous renouvelant mes remerciements, je vous prie de croire, Cher Monsieur, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

N’en doutons pas : les Justes qui ont été aussi l’honneur de notre pays demeurent prêts à continuer à servir.  C’est à nous d’être à la hauteur en absorbant leur témoignage.

Pour ma part, j’espère au moins pouvoir être présent le jour où le président Sarkozy se rendra à son tour au Chambon-sur-Lignon.

J’espère qu’il sera possible d’évoquer la mémoire de Daniel Trocmé à la Maison des Roches d’où il fut déporté.

Et puis, il y ce temple protestant d’où émana en ’40 un appel historique — de rares paroles qui ne restèrent pas des paroles en l’air :

Le devoir des chrétiens est d’opposer à la violence exercée sur leur conscience les armes de l’Esprit.  Nous résisterons, lorsque nos adversaires voudront exiger de nous des soumissions contraires aux ordres de l’Evangile.  Nous le ferons sans crainte, comme aussi sans orgueil et sans haine.

*****

La version américaine du nouveau documentaire de Pierre Sauvage, « And Crown Thy Good » — sur la mission Varian Fry à Marseille en 1940-41 et la part de responsabilité américaine dans la Shoah — sera terminée en 2008.  Réalisateur, président des associations Fondation Chambon USA, Amis du Chambon, et Varian Fry Institute, Pierre Sauvage compte parmi ses autres sujets de conférence (accompagnés ou non de projections des « Armes de l’esprit » ou d’extraits de la copie de travail du futur « Varian Fry à Marseille ») :  « Les Justes — alibi ou acte d’accusation ? »   •   « Les Américains et la Shoah »


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